MALIK NEJMI

NÉ EN 1973, VIT ET TRAVAILLE À ORLÉANS (LOIRET)

« Aujourd’hui plus que jamais, avouait dernièrement l’artiste, mon travail se situe finalement dans le champ d’une œuvre poétique, marquer les déplacements entre mes deux pays d’origine où je ne cesse de réinventer à chaque voyage, mon propre espace migratoire, mon espace de circulation. La traduction du destin d’un fils d’immigré, sa quête d’amour, ses repères, ses émotions particulières, son désir d’écrire l’histoire se mêle alors en autant de tentatives de passages physiques ou inconscients, qui se formulent dans le film 4160 en une sorte de parabole de ce que serait l’intimité migratoire. Arrivé en résidence d’artiste à Rome (Villa Médicis, 2013-2014), j’ai imaginé mon travail d’atelier et de studio comme un espace de transmission, un lieu d’exil – je dirais une sorte de « fuite romaine » – où je pouvais tout à la fois m’isoler, m’étaler, me projeter vers un nouveau cycle de travail et renouer avec de lointaines racines méditerranéennes. » Constitué de deux parties qui s’entremêlent dans le jeu du montage, 4160 présente les moments de travail en atelier. Là, à partir des objets de la grand-mère de l’artiste, ses deux enfants construisent des jeux et des représentations qui répondent sous forme poétique à l’autre partie du film, partie tournée au Maroc et qui atteste des interrogations de l’artiste quand à la possibilité de construire son histoire intime autrement.

4160 – Vidéo installation, Italie, Maroc, 2014, musique originale Mathieu Gaborit, projection de 800 x 230 cm, splitscreen, quadriphonie, production de l’artiste, résidence Villa Médicis, Co-production MAXXI-Musée National des Arts du XXI e siècle. Mécénat du PMU pour la Triennale de Vendôme.

DOROTHY SHOES

ColèreS Planquées est une série de 33 photographies réalisées ces derniers mois par Dorothy Shœs. Anagramme de sclérose en plaques, ColèreS Planquées évoque les peurs liées au caractère dégénérescent de cette maladie grave. Chaque modèle y adopte une posture qui se veut une mise en danger de son corps et une manière d’établir avec l’espace du dehors mais aussi celui du dedans un lien étroit. Cependant, loin de s’attacher à une forme de voyeurisme, les images de Dorothy-Shoes donnent à ces personnages en quête de rédemption une sorte de cadre ou sou- dain, le corps apparaît dans toute sa splendeur, dans toute sa capacité à incarner l’irréductible jaillissement de la vie y compris dans ses formes les plus douloureuses. La présentation est accom- pagnée d’une bande sonore où la parole de ces modèles devient un contrepoint aux images.

ColèreS Planquées, ensemble de 33 photographies, impression dos bleu, 60 x 90 cm chacune, bande sonore, deux sources, 11mn, 2014-2015. Avec l’aide des ingénieurs du son : Isabelle de Mullenheim et Cédric Chaillou

THIERRY-LOÏC BOUSSARD

Disparu prématurément en 2012, la Triennale a décidé de rendre un hommage particulier à Thierry-Loïc Boussard. Au lieu de lui dédier un espace particulier, l’œuvre de ce peintre secret traverse le Manège Rochambeau, contaminant certains espaces ou lieux de passage. Sélectionné par sa femme, quelques uns de ses amis et les commissaires de la Triennale, l’ensemble des toiles et dessins répond à la double thématique de la maison et de la ville. Si l’artiste a choisi le motif quasi abstrait de la maison durant de nombreuses années, la ville de New York ou même le hameau de Bretagne qu’il connaît depuis son enfance, constituent d’autres séries présentées ici. À travers cette traversée des années 1980 et 1990, le visiteur peut ainsi mesurer toute l’évolution stylistique et thématique de l’artiste. Enfin, le parcours s’achève sur quelques toiles abstraites réalisées dans les derniers mois de sa vie et qui dénotent une amplitude et une liberté des moyens rarement atteintes en peinture.

10 œuvres, Sans Titre, acrylique, collage, craie 
sur papier, 50 x 65 cm, 1995-1996
Série d’œuvres acrylique sur toile et papier, 1995-2012
Œuvres non datées, non signées, techniques mixtes sur toile et sur polystyrène
NYC, série de 9 acryliques sur papier marouflé 
sur toile, 1997

COMBEY PION

Paule Combey – Patrick Pion

Débuté en 1997, la série des Objets Blancs regroupée ici sous le titre de Phasma sont des objets transitionnels destinés à occuper une place essentielle dans un travail d’introspection. Si la déconstruction/reconstruction d’un sujet, notion centrale en psychanalyse, est la source de ces œuvres, il convient de les percevoir également comme des prises de position envers le système des objets de notre quotidien. Exécutées initialement en papier, ces sculptures sont ensuite photographiées puis agrandies à une échelle monumentale. Elles deviennent ainsi des sortes de fantômes, des objets usuels de notre réel. 
Leurs fragilités apparentes les transforment en équivalents critiques de notre monde et de la consommation. Phasma réaffirme par la poésie combien la trivialité de nos objets peut être ré-enchantée à condition de les considérer comme des fétiches de la modernité.

Objets Blancs (série Les Objets Blancs), 6 tirages photographiques sur papier, 390 x 350 cm, 2015

MATHIEU DUFOIS

NÉ EN 1984, VIT ET TRAVAILLE À TOURS (INDRE-ET-LOIRE)

Deux espaces, un dédié à la projection, l’autre où sont installées les maquettes ayant servies pour la réalisation du film, telle est l’ambition de Mathieu Dufois pour cette Triennale. Terrain vague, Rue, Drive in sont donc «  des maquettes de papiers dessinées, et qui ont toutes été réalisées pour être intégrées dans le film Par les ondes (second opus de La Trilogie des vestiges). » Présentées comme « les organes vitaux du film », ces maquettes dévoilent leurs dimensions réduites qui soudain entrent en tension avec la monumentalité des images projetées. Comme aime à le souligner l’artiste : « La Trilogie des Vestiges est un projet composé de trois films courts, ou trois segments pouvant être perçus comme une entité autonome ou comme trois films distincts, trois films mettant en scène l’étendue d’une ville sous trois stades de temporalité : la Ruine, l’Altération, la Prospérité.  Chacun se distingue des autres par un aspect visuel, une trame narrative différente, mais tous se concentrent sur la question de la mémoire. 
La mémoire d’un lieu, d’une existence ou d’évènements antérieurs révélés par la ville et son archéologie. Une ville comme dotée d’un esprit humain qui projette ses propres souvenirs et les emploie pour lutter contre l’irréversibilité du temps. »

Terrain vague, Rue, Drive-In, ensemble de 3 maquettes sur papier dessiné, 2013-2014
Par les ondes (Opus n°2 de La Trilogie des vestiges), vidéo, 12.55 mn, 2014,

musique Marc Hurtado

SEBA LALLEMAND

NÉ EN 1973 EN FRANCE, VIT ET TRAVAILLE À TRÔO (LOIR-ET-CHER)

Les encres naissent en 2009, année où invité à la 5 e biennale de Tashkent (Ouzbékistan), il est contraint par la maladie de rester alité. « Là, cloué dans un lit, délirant, je rêve de peindre avec des bulles d’encre de Chine. Dès mon retour en France, je m’attèle à concocter un mélange d’encre de Chine et de savon. Puis, je me mets à la re- cherche d’outil pour peindre avec cette concoction. Dans la cave à vin de mon grand-père je trouve des entonnoirs en verre de la fin du XIX e siècle. J’ai trouvé mes outils. » Pour la Triennale de Vendôme, il réalise un ensemble exceptionnel qui l’entraine à concevoir son espace comme un environne- ment perceptif seulement ponctué par quelques portraits. Invité en 2009 par Oliviero Toscani à participer à un colloque à Venise, l’artiste préfère que sa participation se limite alors à une série de têtes réalisées au Bic et au Tipp-ex. Ces dernières présentées pour la première fois sont pour Seba Lallemand une manière de « dépasser une frustra- tion, une blessure, une douleur… »

Champagne, installation : 100 feuilles de papier glacé, encre, savon, 2015 Dessins au Bic et Tipp-Ex sur papier, dimensions variables, 2009-2012

M. PLUME & INCONITO

En parfait connaisseur de la situation vendômoise, le tandem Monsieur Plume/IncoNito avait pour ambition de travailler sur le bâtiment de l’Union, vaste structure en béton aux frontières entre deux réalités urbaines près de la gare. Véritable ligne de démarcation entre un centre historique plutôt bourgeois et des quartiers Nord comportant un habitat social, ce bâtiment sera rehaussé d’une immense fresque dont la thématique est directement issue d’une enquête auprès des habitants riverains. Issue de questionnaires, de rencontres avec les scolaires, d’ateliers, les deux artistes réalisent un graf qui devient signe, repère, forme de réappropriation par les habitants de leur propre espace urbain. En contrepartie de ce marqueur artistique et géographique, le tandem va également intervenir dans l’enceinte du quartier Rochambeau directement le soir du vernissage sur une maquette en bois du bâtiment de l’Union, renvoyant ainsi les visiteurs vers les quartiers périphériques de la ville.

Sentimental madness, fresque à la peinture aérosol, 2015

MARIO D’SOUZA

NÉ EN 1973 À BANGALORE (INDE), VIT ET TRAVAILLE À PARIS ET MENETOU-SALON (CHER)

Les origines indiennes (Bangalore) de Mario D’Souza ressurgissent pleinement dans les œuvres de la Triennale. Bien qu’il réside en France depuis de longues années, son voyage de 6 mois dans le sous-continent indien lui a permis de se réapproprier ses origines. Jouant désormais avec une amplitude inégalée avec toute la gamme des couleurs, il a réalisé pour l’occasion une nouvelle série de dessins prenant pour origines ses promenades en France ou en Inde. Les motifs mêlent éléments végétaux et minéraux dans une sorte de fusion d’autant plus étrange que le rendu en est parfait. Ici et là, des coulures d’or émaillent l’ensemble comme autant de ponctuations abstraites. Le jeu des feuilles de couleurs réaffirme une forme d’émerveillement pour toutes les formes de la vie, émerveillement qui se poursuit également dans ses sculptures. En utilisant de la mousse usagée pour canapé, il construit des sculptures faussement molles, faussement issues des contraintes propres aux espaces de nos intérieurs. Mais comme souvent, Mario D’Souza s’amuse à déjouer les évidences pour créer des œuvres intemporelles qui nous permettent de projeter notre corps autrement dans le monde contemporain.

Ensemble de 400 dessins et papiers couleurs, encre, crayon, aquarelle, or, dimensions variables, 2015
Everything will be ok soon, sculpture, mousse, peinture aérosol, 200 x 30 x 30 cm, 2015